Emmanuel Merle

Emmanuel Merle - Ce qui parle (1)

Ce qui parle

150 euros (en l’état)

Poème de Emmanuel Merle composé en Garamond corps 23 accompagné d’une gravure en relief de Marc Pessin.

Edition imprimée par Danzi à Voiron – Limitée à 33 exemplaires sur vélin d’Arches – 32.5 x 50 cm – Novembre 2010 – Signée par les auteurs pour les éditions « Le Verbe et l’Empreinte » avec une gravure de Marc Pessin – Atelier d’Art à Saint-Laurent-du-Pont (Isère).


 

La fenêtre est sablée d’une pluie
qui monte à l’assaut de mon visage

C’est là
derrière le carreau griffé
sous le désert nocturne
c’est là des oiseaux viennent
drapeaux d’ailes déployés
mercenaires au profit du passé

C’est là becs cognant cassés
leurs yeux noirs multipliant les miens
de l’autre côté de la vitre
leurs yeux fractals de la nuit
tout entière

dans leur frémissement et le tressaut
de leur vol c’est là

Les jours

de la poussière à peine brassée du pied
et qui retombe et qui ne laisse
sur le temps que des empreintes
à repasser

Une lave brune comme au temps
où l’on pouvait fixer le déluge
comme de l’écume coupable
d’avoir tardé
à s’évaporer

Les jours

des ballons qui ont essayé
qu’on lâche l’un qu’on attrape l’autre
en sursautant la nuit
quand la nuit est une baudruche
d’une tout autre épaisseur

Alors bondir encore
puisqu’il n’est pas de rebond
puisque tout tient par un fil
arpenter à grands pas
et passer

Tu avances dans le champ noir
que recouvre l’orage
tout se hérisse se tapisse d’ozone
Ton corps a peur de devenir arbre
Dans le delta blanc de l’éclair
dans tous ses affluents ces racines
que la foudre déterre tu reconnais
ton œil injecté sur le ciel

Tu reconnais cette carte d’avant les hommes
cet immense tableau de bord
Toi tu marches vers la barrière trempée
pendant que le monde déchire ses habits
Ton cœur est un poing serré ton âme
est à l’étroit tu n’es rien
Comment rien peut-il avoir peur

Tu descends jusqu’à la route
qui crépite et le fracas te rattrape
Tu sais que c’est le bruit du temps
qui renâcle à poursuivre et se retourne
comme on déchire le passé
quand on l’invoque
L’orage toujours remonte le temps
et le ciel est ce cadran brisé
d’où tombent les aiguilles

Emmanuel Merle

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